Contrôlant un vaste domaine continental et insulaire, le roi Henri II Plantagenêt, le plus méconnu des membres de la famille des Plantagenets, fut pourtant un brillant réformateur, et un bâtisseur zélé. Pendant de nombreuses années, trois femmes jouèrent tour à tour un rôle clé aux côtés du flamboyant héritier du Conquérant.


Mathilde, la mère

Le 5 mars 1133, au Mans, Mathilde l’Emperesse, (car mariée en premières noces à l’empereur germanique Henri V), fille unique du roi d’Angleterre Henri Ier Beauclerc met enfin au monde un fils, beau bébé joufflu prénommé Henri. Son mariage négocié en 1127 avec Geoffroy V le Bel, surnommé Plantagenêt, comte d’Anjou, doit garantir la paix entre Anjou et Normandie.

Mais en 1135, à la mort d’Henri, Etienne de Blois, le cousin de Mathilde s’empare du trône d’Angleterre, avec le soutien des barons anglais. Dès lors, la guerre de succession est déclarée !

Malgré sa réputation de femme autoritaire arrogante et hautaine, Mathilde veille à l’éducation de son fils Henri et lui offre une instruction solide et de prestigieux précepteurs. Il devient un cavalier hors pair et infatigable un atout pour mener une vie de cour itinérante.

Hélas, l’Emperesse, peu appréciée et franchement crainte perd le soutien d’une partie de ses fidèles, malgré l’aide de son fils lors des conflits.

Pourtant, en 1139, elle réussit à s’emparer d’une partie de l’Angleterre grâce à l’appui de l’Eglise et tente un couronnement en 1141 lorsqu’Etienne est capturé…peine perdue. La population, contre elle, l’oblige à s’enfuir avec son armée.

De retour en Normandie en 1148, elle comprenant qu’elle ne règnera jamais, elle passe le flambeau à Henri qui devient duc de Normandie en 1150 puis roi d’Angleterre en 1154.

Mathilde meurt en 1167 en France, à Rouen, après avoir quand même réussi à dominer une partie du royaume.

 

Aliénor l’épouse

En 1151, alors qu’il accompagne son père, à la cour du roi de France Louis VII, pour prêter hommage, Henri rencontre la reine Aliénor d’Aquitaine. La trentaine conquérante, la belle se morfond dans un mariage insipide avec un roi qui aurait dû être moine…quand son regard croise celui d’Henri, 18 ans, fière allure et beaux yeux gris, la chimie opère. Intensément.

Geoffroy meurt peu après ; Henri, déjà duc de Normandie, devient comte d’Anjou.

Mars 1152, coup de théâtre : le Concile de Beaugency valide l’annulation du mariage de Louis et Aliénor. La voie est libre, Henri épouse la duchesse et son puissant duché d’Aquitaine, avant d’hériter du royaume d’Angleterre.

Le couple, couronné à Westminster en 1154 règne désormais un vaste empire s’étendant de l’Ecosse aux Pyrénées : l’Empire Plantagenêt.

Pour en savoir plus, découvrez l’espace Plantagenêt de la forteresse royale de Chinon.

Suzerains en Angleterre mais vassaux du roi de France sur le continent, les relations ne s’annoncent pas sereines entre Plantagenêt et Capétiens !

Les premières années semblent heureuses et plutôt fructueuse avec 8 enfants en tout mais la situation dérape rapidement.

Aliénor gère son duché d’Aquitaine depuis la mort de Guillaume X son père. Riche d’une longue expérience et d’une éducation poussée, elle est engagée dans les affaires d’état et signe des actes officiels en Aquitaine voire ailleurs, en l’absence du roi. Mais elle perd progressivement cette autonomie, son royal époux étant avide de rétablir son autorité et relever le royaume sur tous les plans.

Détail fresque chapelle Ste Radegonde, Chinon. Scène de chasse au faucon.
L’identification à Aliénor d’Aquitaine partant en exil en Angleterre est incertaine.

 
Les princes Henri, Richard et Geoffroy, eux-mêmes mis à l’écart, fomentent la Grande Révolte, rébellion soutenue par Aliénor dès 1173… revanche d’une femme bafouée ? de fait, Henri II aime les femmes et Aliénor le sait.

Peu après, rendue responsable du désordre, Aliénor d’Aquitaine est exilée en Angleterre et perd tout pouvoir politique. Elle ne retrouve son rang qu’à la mort du roi en 1189, comme régente du roi Richard Cœur de Lion.

 

Rosemonde, la favorite

Henri est un amoureux compulsif et pathologique. S’il fait visiblement feu de tout bois, seule l’exquise Rosemonde le fera chavirer.

Ils se rencontrent en 1165 lors d’une chevauchée. Elle a 20 ans, Henri 32. Peu après, elle est conviée à la cour. Fille de Walter de Clifford, Rosemonde la bien-nommée devient maitresse officielle en 1174, après le départ d’Aliénor en résidence surveillée suite à son implication dans la grande révolte.

Elle n’intervient pas dans les affaires d’Etat, se contente de soutenir le souverain et se montre aussi discrète que cultivée. Henri est fou d’elle !

D’abord installée à ses côtés, Rosemonde est ensuite logée à la résidence royale de Woodstock où Henri vient souvent se ressourcer.

Hélas, en 1176, tombant brutalement malade, la belle se réfugie au couvent de l’abbaye de Godstow près d’Oxford, où elle a été élevée. Elle y meurt prématurément.

Henri, inconsolable, la fait inhumer dans le chœur de l’église et fait plusieurs années durant d’importantes donations à l’abbaye.


Moins de deux ans après la mort du roi,  l’évèque de Lincoln fait déplacer les restes de celle qu’il voit comme une prostituée et la fait ensevelir dans la salle capitulaire. On peut y lire son épitaphe, sujette à quelques dérives d’interprétations :

        « Ci-gît dans cette tombe une rose du monde, et non une rose pure

            Elle n’embaume point, mais sent ce qu’elle doit sentir »…

Vanité, tout n’est que Vanité.